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22/07/2010

Le fragile retour du vautour en France

Dossier

L'ombre du vautour en Lozère - FLM 2010.jpg

Haut dans le ciel, dans un vol majestueux, un grand rapace plane et descend peu à peu au dessus du Causse Méjean. Nous sommes en fin d'après-midi du mois de juin dernier, à quelques kilomètres du bord des gorges du Tarn, près du cirque de Saint-Chély et du Puech D'Alluech. Le temps d'arrêter la voiture et de prendre des photos à la volée, voici un jeune vautour fauve qui se prépare à se poser sur des arbres au bord de la route. Vers midi, nous avions déjà admiré le vol de grands rapaces , par moment masqués par les nuages et la lumière du soleil, leur silhouette semblait être aussi celle de vautours. Deux visions bien agréables pour le premier séjour rando photo de Planetimago.

Ces deux rencontres sont des exemples d'un certain succès de la réintroduction du vautour en France malgré bien des difficultés. Grâce au travail accompli par les naturalistes et d'autres acteurs, la population de ces grands rapaces progresse globalement en nombre et par l'étendue de ses aires de répartition dans plusieurs régions. Une évolution cependant bien fragile car des incidents et transformations en milieu rural peuvent rompre le fragile équilibre...


 

En effet, les dangers sont nombreux : électrocutions sur les pylônes à haute tension, empoisonnements aux pesticides, interdiction des charniers et manque de ressources alimentaires, dérangement sur les lieux de reproduction  à cause d'activités agricoles et forestières, de certaines chasses ou de pratiques du tourisme sportif en montagne; de vidéastes ou photographes amateurs inconscients, et même de survols d'hélicoptères de l'armée...

 

causse méjean pano - FLM 2010.jpg

 

Des espèces toujours menacées

Au printemps-été 2009, la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) de l'Aude a constaté la disparition et la mort de vautours percnoptères et fauves sur leurs sites de reproduction. En septembre, la police de l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) a ordonné une enquête. Après analyses toxicologiques, les traces de carbofuran, substance chimique toxique utilisée comme insecticide, ont été trouvées sur les animaux morts. Une catastrophe pour la protection du vautour percnoptère mondialement menacé et pour le travail d'une dizaine d'années de la LPO audoise. Autres décès tragiques en 2008: dans les Causses, 11 vautours électrocutés avaient été retrouvés morts sous les lignes à haute tension de l'EDF.

Mais plus inquiétante est l'importante diminution du nombre des vautours fauves dans les Pyrénées . Dans la partie française et surtout sur le versant espagnol, comme d'ailleurs dans les autres provinces ibériques, en conséquence de la crise de la vache folle. Ce déclin est dû principalement à des causes alimentaires en raison de la fermeture des charniers. Ainsi, dans le parc naturel de Hoces del Rio Riaza, province de Ségovie (Castille et Léon), le nombre de vautours fauves est passé de 1117 en 2004 à 753 en 2008. Le dernier recensement, en novembre 2009, a estimé leur population à seulement 651 individus. Depuis avril 2009, l'Union européenne a assoupli sa position. Si en France comme en Castille les autorités mettent en place des points d'alimentation contrôlés en alternative aux charniers, l'Aragon semble rester de marbre.

 

Vautour fauve planant - Causse Méjean - FLM 2010.jpg

 

Mais restons optimistes pour l'avenir, les vautours n'ont pas complètement disparu lors de périodes bien plus dramatiques. En effet, les deux derniers siècles, persécutées par l'homme et victimes de changements du pastoralisme et des normes sanitaires, les populations de vautours avaient très fortement diminué en Europe notamment sur le pourtour méditerranéen. Comme le souligne Constant Bagnolini, dans son étude "La réintroduction pionnière des vautours en France", ces grands rapaces en danger d'exctinction avaient même complètement disparu d'une grande partie de leur zone naturelle de répartition. En France, le vautour moine n'existait plus depuis le XIXe siècle tandis que le gypaète barbu, le vautour percnoptère et le vautour fauve y avaient presque disparu le siècle suivant.

Depuis les années 1970, des opérations pour protéger et réintroduire ces rapaces ont été réalisées. En France, un programme a été mis en place pour le vautour fauve dans les Grands Causses au sud du Massif central. Il a été suivi en 1992 d'une opération similaire pour réintroduire le vautour moine avant de s'étendre à d'autres régions. A l'exception des Pyrénées pour le vautour fauve, le nombre total des grands rapaces nécrophages augmente au fil des décennies, leur zone de répartition semble s'accroître vers d'autres régions. Des vols exploratoires vers le nord de la France, Belgique, et l'Allemagne semblent se produire régulièrement.



Tour d'horizon des populations

Mais survolons la présence des vautours en France : selon les informations collectées sur les journaux de la LPO, le vautour moine a été réintroduit avec succès dans le sud du Massif Central entre 1992 et 2004. En 2008, on y trouvait 60 à 70 individus, 20 couples et 13 jeunes produits. Au sud des Alpes : la réintroduction est en cours, depuis 2004 (Baronnies) et 2005 (Verdon). D'ailleurs, 17 vautours moines ont été observés dans les Baronnies en 2008.

Alors encore présent à l'état naturel en Corse et dans les Pyrénées, le gypaète barbu a été réintroduit dans les Alpes françaises grâce à un programme européen lancé à partir de 1978. Dans cette région 7 couples y ont été dénombrés en 2006 alors qu'en Corse on en comptait 9.  Depuis, il est également réapparu dans le Vercors. En 2006, comme sur le versant espagnol, le gypaète barbu a connu une remarquable renaissance dans les Pyrénées françaises. Ving-huit couples avaient alors été dénombrés et la reconquête était en cours dans l’est de la chaîne. La LPO Pyrénées vivantes a organisé du 19 juin au 11 juillet 2010, avec la communauté de communes de Garazi Baigorri et le CPIE Pays basque, un évènementiel sur le Gypaète barbu et les rapaces de la région.

 

causse méjean ciel vautour - FLM 2010.jpg

 

Pour le vautour fauve, l'évolution de la population est plus incertaine dans les Pyrénées ,tant du côté espagnol que du versant français. Les vautours béarnais sont particulièrement concernés car ils sont dépendants de l'élevage intensif porcin de l'autre côté de la frontière. Or, dans les années 1990-2000 avec la crise de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) ou "maladie de la vache folle", sur directive de l'Union européenne, les normes sanitaires sont devenues très strictes concernant les carcasses d'animaux. En Aragon comme ailleurs en Espagne (où se trouve la majorité des vautours européens) et en France, les autorités ont décidé la fermeture des charniers à l'air libre. Une forte mortalité des vautours de cette province (360 cadavres ramassés en 2007) en a résulté. De 578 couples nicheurs estimés côté français en 2006 on est passé à un nombre de 525 couples l'année suivante. En 2008, la tendance démographique des vautours aragonais était négative tout comme celle de leurs voisins béarnais. Cependant, cette baisse était moins marquée dans l'ouest de la chaîne (Navarre, Pays basque).

Par contre, au sud du Massif Central  (gorges des Causses) la réintroduction du vautour fauve est réussie depuis 1980. On compte 200 couples estimés en 2008 et 163 jeunes produits ; dans les Alpes du sud : des lâchers ont eu lieu sur trois sites depuis 1996. En 2008, on y dénombrait 82 couples reproducteurs avec 48 jeunes à l'envol dans les Baronnies et 34 couples nicheurs dans le Verdon.

Quant au petit vautour percnoptère, il compte une cinquantaine de couples dans les Pyrénées. Le déclin de la population survivante en Méditerranée a d'abord été enrayée puis on a constaté une augmentation notable des effectifs (grâce à l’entretien de charniers et la protection de sites rupestres). Au nord du bassin méditerranéen, l'espèce  revient spontanément dans les montagnes attiré par l'implantation du vautour fauve. Ainsi 4 couples nichent dans les Causses et un jeune produit. Dans le Lubéron et en Ardèche, aux frontières du Massif central, le retour naturel de l'espèce se fait grâce à l'entretien de charniers et au passage des vautours fauves. Les 17emes rencontres du groupe France Vautours à Rémusat (Drôme) en avril dernier, a mis en avant les succès dans le massif des Baronnies provençales notamment avec la reproduction de 3 couples de percnoptères dans la Drôme.

 

Réussite dans les Grands Causses

C'est semble t-il dans la région des Grands Causses où la situation est plus favorable aux vautours. En travaillant de concert avec les autorités et les acteurs locaux (public, bergers, fermiers, chasseurs...), les associations de protection de la nature et d'autres organismes (LPO, communes, Parc National des Cévennes) ont permis de rétablir une population relativement stable de grands rapaces nécrophages.

 

vautour en Lozère - FLM 2010.jpg


A cause de la crise de la vache folle, la directive européenne avait donc en 2003 interdit les charniers à ciel ouvert. Comme en Espagne, cette mesure avait entraîné une pénurie alimentaire chez les vautours. Affamés, ils seraient ainsi devenus plus entreprenants en explorant d'autres régions à la recherche de carcasses d'animaux. Quelques cas d'attaques contre du bétail malade, mais sans preuves formelles, auraient aussi été rapportés.

La situation s'est améliorée depuis car le 24 avril 2009, le parlement européen a autorisé l'utilisation des carcasses d’animaux pour nourrir les rapaces nécrophages. En plus de 4 grands charniers ("lourds") dans les Grands Causses, la LPO et le PNC y ont installé 13 petits enclos alimentés en carcasses ("placettes individuelles") chez des éleveurs de la montagne, ce qui semble être une meilleure solution. Une pratique qui semble se développer timidement aussi en Espagne : projet Vultur Voltoya (réseau de placettes alimentaires en alternative au charnier d'El Espinar, Campo Azálvaro-Pinares de Peguerinos (province de Ségovie).

Malgré les difficultés, le succès de la réintroduction des vautours s'explique par une importante action pédagogique et scientifique. Elle est menée depuis plusieurs décennies par les organisateurs du programme, principalement la LPO Grands Causses.

Le développement durable régional bénéficie de la bonne implantation des vautours dans les Grands Causses. En effet, l'intégration écologique, sociale et économique locale de ces grands rapaces est ressentie d'une façon de plus en plus positive. Le secteur agricole apprécie l'équarrissage naturel qu'offrent les vautours, tandis que les acteurs touristiques incluent les grands rapaces parmi les attraits à promouvoir auprès des visiteurs. Le succès du belvédère dans la vallée de la Jonte le démontre.

François Le Moing

 

Photos prises sur le Causse de Sauveterre (Le Point Sublime, Gorges du Tarn) et sur le Causse Méjean, Lozère, France, juin 2010

 

En savoir plus (liens et sources) :

Etude de Constant Bagnolini, "La réintroduction pionnière des vautours en France", Les actes du BRG, 2006

Wikipedia : articles en français sur le vautour fauve et le gypaète barbu

Mission rapaces de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) :
Mission rapaces de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO)

Evènement l'Estivale du casseur d'os :

http://www.estivalecasseurdos.com/

Oiseaux du Parc National des Cévennes:
http://www.cevennes-parcnational.fr/Un-patrimoine-d-exception/La-faune/Les-oiseaux

Blog espagnol Sauvons les vautours "Salvemos los buitres":
Blog espagnol Sauvons les vautours ("Salvemos los buitres")

Collectif Azalvaro
http://colectivoazalvaro.blogspot.es/1220904840/

11:34 Écrit par Planetimago | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

je ne trouve pas ce que je cherche

Écrit par : royer | 27/05/2013

@Royer
Bonsoir, que cherchiez-vous ? François Le Moing

Écrit par : François Le Moing | 24/11/2013

Les commentaires sont fermés.