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11/08/2011

Une coquille dans le nucléaire ?

Des arabesques insolites étaient visibles ces dernières semaines dans la vase du fond pratiquement asséché du canal d'Orléans. Des mollusques d'eau douce tentaient de survivre à la sécheresse sévère de ce début d'été 2011. Un peu plus loin les bancs de sables asséchés de la Loire révélaient l'invasion silencieuse des cours d'eau par un autre mollusque : la corbicule.

Corbicules, corbiculaCoquille de Corbicule (3 cm de large)


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Des Unio Crassus tracent des arabesques déséspérées dans la vase du fond asséché du canal d'Orléans.

La Loire et ses affluents offrent de nombreux milieux propices au développement des mollusques. La fréquence des différentes espèces varie tout le long du fleuve, en fonction de la qualité de l’eau, du substrat (sables, galets, etc. ) et de la vitesse du courant. En se promenant sur les grèveson observe assez facilement une bonne variété de coquilles de bivalves ou de gastéropodes aquatiques (coquilles enroulées). Les plus gros d’entre eux atteignent la dizaine de centimètres. Dans cette catégorie, on trouve une espèce beaucoup plus rare, la Margaritifera margaritifrea (référence). Cette moule perlière, que vous aurez peu de chance d'apercevoir, exige des eaux d’une grande pureté. On lavoit principalement en amont de la Loire et de ses affluents. Selon l’UICN, elle est menacée de disparition.

Les coquilles des Unionidés, comme l'Unio crassus, grosses moules noires et blanches, s’observent assez facilement sur les grèves ainsi que les planorbes, à la coquille enroulée plate et les paludines ornées de trois raies brunes. La sécheresse de l’année 2011 a permis d’observer des Unio crassus, et leur traces de déplacement sur le fond du canal d’Orléans, dont l’étiage leur a été fatal. Tous ces mollusques participent à l’équilibre des écosystèmes et sont des filtres efficaces de l’eau du fleuve. Aussi, leur disparition est souvent symptomatique d’une dégradation du milieu aquatique.

Depuis quelques années, certains bancs de sables la Loire sont jonchés par d’impressionnants gisements de coquilles d’un bivalve du genre Corbicula. Deux espèces ont été identifiées : la Corbicula fluminea, et la Corbicula fluminalis. Ces Corbicules, de la famille des clams, sont originaires d’Asie. Elles ont envahi de l’aval vers l’amont, les fleuves français et européens (référence) mais également nord américains (référence).

Corbicules,Loire,LoiretBanc de sable couvert de coquilles de Corbicules

 

En France, elles semblent avoir utilisé efficacement les canaux de navigation comme voies d’extension. Leurs colonies peuvent être très importantes et ils ont une très grande capacité de filtration. Ces mollusques clarifient l’eau du fleuve, mais, en contrepartie, en absorbent également l’oxygène, rendant le milieu beaucoup moins favorable au maintien ou au développement d’autres espèces aquatiques et notamment les poissons. Les Corbicules pourraient aussi conduire à la raréfaction ou à la disparition d’autres espèces de mollusques avec lesquelles elles sont en compétition.

Un autre inconvénient est que les Corbicules peuvent également engorger les circuits d’eau industriels. Selon le site de l’USGS (référence), 1 milliard de dollars seraient dépensés chaque année, aux Etats-Unis, pour y remédier. Plusieurs réacteurs nucléaires américains ont dû être arrêtés temporairement pour nettoyer les prises d’eau des systèmes de refroidissement. Le maintien d'une bonne alimentation des circuits d'eau de refroidissement est l'une des faiblesse des centrales nucléaires.

Or, elles doivent faire face à une équation difficile entre la modification des régimes hydrographiques des cours d’eau, due au changement climatique, avec des étiages de fleuves de plus en plus sévères en été, et en face une demande d’électricité toujours croissante.

Aussi, à la lumière de l’accident très didactique de la centrale de Fukushima, où tout avait été forcément prévu, ne faudrait-il s’interroger sur l’impact de la prolifération des Corbicules sur le fonctionnement de nos déjà vieilles centrales nucléaires, « les plus sûres du monde », au fil de l’eau de la Loire ? …

Planetimago

12:37 Écrit par Planetimago | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer |

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