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29/01/2012

Buriano, le pont de Mona Lisa …

Solide comme un roc, populaire mais pourtant méconnu, un bel ouvrage de maçonnerie médiévale défie l'usure du temps, le poids et la pollution du trafic routier...

Sur l’Arno, aussi célèbre que le Pô, l’Adige ou le Tibre (les autres grands fleuves italiens), à 70 kilomètres en amont de Florence et à 9 kilomètres au nord de la ville d’Arezzo, fut construit en 1277 le « Ponte Buriano ». Il a résisté a bien des crues du fleuve. Aujourd’hui des camions et des voitures l’empruntent quotidiennement, même si cela ne peut se faire que suivant un seul sens de circulation, sans peut-être se douter que c’est le pont le plus regardé du monde …

Ponte Buriano, Mona Lisa, Joconde

Le Ponte Buriano


L’Arno, un fleuve aux histoires multiples

L’Arno qui traverse Florence puis Pise est long de 241 kilomètres quand la Loire en fait 1013. Mais il peut tout de même se fâcher très fort tout comme le grand cours d'eau ligérien. La crue de l’Arno survenue en 1966 à Florence (après celle de 1844) a fait des dégâts considérables : 50 000 familles ont perdu leurs logements, 15 000 voitures ont été détruites, 6 000 boutiques ont été ravagées.

POnte Buriano, Arno, Joconde

Vue de l’Arno et du Ponte Buriano

Un pont datant de 1949 a été emporté tandis que le Ponte Vecchio surmonté de ses boutiques tenait bon. L'eau est entrée dans le Baptistère Saint Jean-Baptiste de Florence, au Duomo* provoquant partout de grands dommages à de très nombreuses œuvres d'art, dont les 8 000 toiles qui étaient entreposées dans les sous-sols des Offices et dans ses ateliers de restauration. Le Ponte Buriano, lui, a résisté.


Le Ponte Buriano, le pont le plus regardé du monde

Pendant l’été 1502, Léonard de Vinci exécuta pour le compte de Cesare Borgia de nombreuses cartes et relevés dans la région d’Arezzo. Très impressionné par les somptueux paysages du Valdarno supérieur, il peint ce pont à partir de 1503, soit 223 ans après sa construction, sur l’un des tableaux les plus célèbres au monde, exposé au Louvre : « La Joconde ».

Ponte Buriano, Mona Lisa, Joconde

Derrière l’épaule gauche de Mona Lisa : le Ponte Buriano

Le Ponte Buriano, qui a remplacé le pont étrusque en bois, a connu au moins deux épisodes qui méritent d’être racontés :

● A partir de 1317 (et jusqu’en 1863), les moines qui exploitaient la forêt du Casentino utilisèrent l’Arno pour exporter les troncs d’arbres abattus, parfois longs d’une trentaine de mètres et très prisés des armateurs florentins, pisans ou de la Marine Royale britannique. Ces troncs liés entre eux formaient des sortes de radeaux conduits par des hommes aguerris. Bien qu’adroits, ils ne pouvaient empêcher que les troncs n’endommagent régulièrement les arches du Ponte Buriano.

● A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pont fut complètement miné par l’armée allemande. Prêt à exploser, il fut sauvé in extremis par l’incursion soudaine des forces alliées.

Une réserve naturelle en piteux état

La Joconde est célèbre pour son sourire énigmatique. Et certes, je ne pensais pas à elle, le jour où j'ai entrepris la visite de la réserve naturelle « Ponte Buriano e Penna » qui inclut ce fameux pont. Avec un peu de recul, je trouve dans ce sourire un peu d’ironie ou de dépit.

Visiteurs enthousiastes, nous avions laissé la voiture juste après le pont sur une aire plutôt sale et désolée à côté d’un grand panneau d’information, bien sale lui aussi. On pouvait y deviner encore les limites de la réserve, les chemins, les zones humides le long de l’Arno et les zones sèches. Arrivés au parking indiqué sur ce plan : pas une âme. La végétation avait repris petit à petit ses droits. Les indications sur des poteaux de bois et le grand P sur fond bleu disparaissaient presque complètement.

Le chemin dont nous avons fini par repérer l’entrée, s’est transformé, un peu plus loin, en piste pour finalement totalement disparaître. Nous avons atteint, en nous frayant difficilement un passage parmi les cannes de roseaux , un bras mort de l’Arno, puis, en suivant la berge, le fleuve proprement dit avant de remonter jusqu’au Pont Buriano, pour y découvrir le point de vue de Léonard de Vinci : une petite galère.

C’est aussi ça, l’Italie… D'un côté des merveilles d’architecture, très bien entretenues dans des grandes villes encombrées de touristes en été. De l'autre, quelques désillusions pour qui veut sortir des chemins battus et découvrir des sites, sans doute moins prestigieux, mais souvent chargés d’histoire et de culture, nous offrant une singulière émotion. Il est dommage de laisser cette réserve dans un tel état d’abandon (sûrement des crédits publics en chute libre). Mona Lisa partagerait-elle notre dépit ?

 

* de la cathédrale Santa Maria del Fiore


Guy Viennot


Pour en savoir plus :

● Wikipédia :

Léonard de Vinci

La Joconde

Les cartes de Léonard de Vinci (Collection Royale – Londres) : visite virtuelle

La réserve naturelle de Ponte Buriano et Penna

 

19:37 Écrit par Planetimago | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Moi, je dirais le Pont Notre Dame de Paris... C'est là que Fra Giovanni Giocondo enseignait la construction de Vitruve entre cercle circonscrit et cercle inscrit...

Écrit par : SCHNEIDER | 24/08/2013

Cette thèse aurait pu se défendre mais le relief peint à l'arrière plan de La Joconde n'est pas celui de l'Île de la Cité à Paris mais bien plutôt celui du Val di Chiana, en Toscane.

Voir d'ailleurs l'article de Pezzutto, Donato : “Leonardo’s Val di Chiana Map in the Mona Lisa,” revue Cartographica*, 2011, 149-159)

*Cartographica: The International Journal for Geographic Information and Geovisualization, University of Toronto, Canada.

A lire l'explication en fin de l'article Val di Chiana sur Wikipedia :http://fr.wikipedia.org/wiki/Val_di_Chiana

Voici la carte du Val di Chiana par Léonard de Vinci:
http://www.royalcollection.org.uk/collection/912682/a-birds-eye-view-of-the-valdichiana

PS: Une précision pour les lecteurs non férus d'Histoire:
De grands maîtres italiens de la Renaissance travaillèrent au service des rois de France Charles VIII, Louis XII, François Ier : comme Jean Joconde (Fra Giovanni Giocondo) et Léonard de Vinci

Écrit par : François Le Moing | 30/11/2013

Les commentaires sont fermés.