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04/12/2012

Que faire pour sauver le bocage bressan ?

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Vue du bocage bressan (alentours de la commune de Montrevel-en-Bresse)

 

Deux exemples d’actions en faveur du bocage bressan : l’une menée dans l’Ain par la communauté de communes de Montrevel-en-Bresse; l’autre dans la Saône et-Loire avec le dispositif Agrifaune, coordonnée par la Fédération départementale des chasseurs...


La Bresse n’a pas que sa volaille ou ses fermes à cheminées sarrasines à faire valoir. A l’instar de la Normandie, de la Bretagne, de la Vendée et d’autres régions de France, elle dispose aussi d’un bocage. Celui-ci s’étend sur deux départements : l’Ain et la Saône-et-Loire.


Création humaine, intimement liée à l’agriculture, le boccage se rétrécit pourtant depuis plusieurs décennies  sous les coups de boutoir du développement moderne de l’agriculture, avec la mécanisation, le remembrement des terres  mais aussi du fait de l’urbanisation, et notamment du développement des infrastructures, grosses consommatrices d’espaces.

Bref, le bocage bressan est en danger. Conscient de sa valeur paysagère, de son importance pour la préservation de la faune et de la flore locale, les collectivités locales, organisations représentatives des agriculteurs, des chasseurs, l’Etat, et les associations de défense de la nature se sont impliqués pour stopper le processus de disparition du bocage.

montrevel-en-bresse, bresse, bocage, bocages en FranceHaie près de Montrevel-en-Bresse

Plantations de haies et agenda 21


Dans le nord-ouest de l’Ain, la communauté de communes de Montrevel-en-Bresse (14 communes, 17 000 habitants) a mis en place, depuis 2000, un programme de plantations de haies pour redonner de la vigueur au bocage : de 2000 à 2005, 30 kilomètres de haies ont été plantés sur le territoire de la communauté de communes.

Ces haies, véritables colonnes vertébrales du paysage bocager, ont été installées sur des surfaces agricoles mais aussi aux abords de zones habitées. Les particuliers et les agriculteurs qui ont participé à cette action ont pu bénéficier gratuitement de plants avec, en contrepartie, l'obligation de respecter un cahier des charges précis. Ils devaient notamment utiliser six essences locales parmi lesquelles le chèvrefeuille, la charmille, le fusain d’Europe. Les particuliers avaient obligation d’installer au minimum 50 mètres de haies.

L’action a été relancée en 2009, cette fois-ci sans le concours financier de la région Rhône-Alpes. Les achats de plants sont pour partie à la charge de la communauté de communes et le reste est payé par les agriculteurs ou les particuliers participants à la replantation. Le cahier des charges de la période 2000-2005 a été reconduit. 1,8 kilomètres ont ainsi été plantés (de 2009 à 2011). Parallèlement, dans le cadre d'appels à projet, et avec des financements de l’Etat, de l’Europe et de l’Agence de l'Eau, ce sont 7,4 kilomètres de haies qui ont été plantés en 2010 et 1,2 kilomètres en 2011.

 

bocage bourguignon, haies, bocage, val de seille, bourgogneHaie à Saint-Usuge, Val de Seille, Bourgogne


Ce travail de replantation de haies sur la communauté de communes de Montrevel-en-Bresse prend sa source très loin de la Bresse, à …Rio de Janeiro. En 1992, un sommet, réunissant de multiples Etats dont la France, avait décidé de mettre en place l’agenda 21. Il proposait un calendrier d’actions à mener au cours du 21ème siècle en vue d'un "développement durable". Ces actions décidées au niveau international devait être déclinées au niveau national.

A la suite d’un appel à projet lancé par l’Etat français dans les années 90, la communauté de communes de Montrevel-en-Bresse a défini avec d’autres intervenants locaux (agriculteurs, randonneurs, chasseurs, Office de tourisme..) un programme d’actions en 4 volets. Le maintien du paysage bocager constituait l’un de ces volets. Après des premières années prometteuses, l’action envers le paysage bocager tend à s’essoufler. Les aides financières pour la replantation des haies sont moins nombreuses. L’entreprise nécessite aussi la collaboration des agriculteurs et des particuliers détenteurs des terrains et les bonnes volontés se font plus rares douze ans après le démarrage de l’initiative.

Pratiques agricoles modernes et préservation de la biodiversité

Le travail mené par la Fédération départementale des chasseurs de la Saône et Loire est plus récent. La convention nationale Agrifaune, passée entre l’ONCFS (Office national de la chasse et de la faune sauvage), la FNSEA, la Fédération Nationale des Chasseurs et l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture en 2007 a trouvé, en 2008, sa déclinaison en Saône-et-Loire. Cette convention a pour objectif la prise en compte de la biodiversité, de la faune sauvage, et plus largement de l’environnement, par l’agriculture.  Le travail mené envers le bocage est l'un des 3 domaines d’action de cette convention.

 

haie en plantation, bocage bourguignon, saint-usugeReplantation de haies

Des espèces comme le faisan naturel, le pigeon ramier, les grives mais aussi le lièvre, la pie–grièche-écorcheur et des petits rapaces comme la chouette chevêche font du bocage et de ses haies un lieu de vie, temporaire ou permanent. Ces lieux favorables à la faune sauvage sont menacés. Thierry Peyrton, chargé de mission  à la Fédération départementale des chasseurs de la Saône et Loire, fait le constat suivant : "le bocage bressan a perduré dans les années 50-60. Son érosion est récente, elle démarre dans les années 70 et elle est toujours actuelle".

Ces 10 dernières années, 10 % du bocage ont disparu avec des arrachages de haies ». Parmi les causes : la politique agricole commune, qui, en liant aide financière et surface agricole, tend involontairement à accélérer ce processus. Plus l’agriculteur élimine des haies, plus sa surface agricole est importante et, par corollaire, les aides financières européennes.

pie grieche ecourcheur, haie, bocageLa pie-grièche-écorcheur est une des espèces qui vit
dans les haies du bocage bressan (source Wikipédia)

Le travail mené au sein d’Agrifaune consiste à modifier le regard des agriculteurs vis à des haies, dont l’existence est bien souvent perçue comme un obstacle à leurs activités, à commencer par son entretien, coûteux, dévoreur de temps. En terme d’entretien, plutôt que d’utiliser le broyeur, qui déchiquette les branches, la lamier à scie permet un élagage plus respectueux des haies et de leurs qualités biologiques. Autre piste, l’utilité économique du bois issu des haies. En tant que bois de chauffage, sous forme de bûche ou de plaquette, ou bien dans les élevages de bovins, en substitut de la paille. Les copeaux de bois peuvent aussi être utiles dans le maraîchage et l’horticulture comme humus pour les sols.

Les initiatives émergent. Huit exploitations agricoles sur les communes de Saint-Usuge, Montagny-près-Louhans et Montcony se sont d’ailleurs lancées dans une étude qui doit définir les possibilités de mise en œuvre de pratiques plus respectueuses du bocage et plus intéressantes économiquement.

La commune de Saint-Usuge s’est également associée à cette étude, ainsi que le Centre régional de la propriété forestière (groupement de propriétaires forestiers privés). Celle-ci est cofinancée par la Fédération des chasseurs, le Fond européen Feader ainsi que l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée et Corse. Après cette phase d’étude, qui prendra fin à l’été 2012, la convention Agrifaune de Saône-et-Loire doit établir un plan de gestion des haies de la Bresse bourguignonne pour les 20 à 25 ans à venir.

Jean-Noël Haendler

 

Crédits photos

Paysages du bocage bressan : Jean-Noël Haendler

Pie-grièche écorcheur : Kaeptn chemnitz

 

En savoir plus

Plan de sauvegarde du bocage bressan (association Paysages reconquis)

Pôle bocage et faune sauvage (Office National de la Chasse et de la Faune sauvage)

21:45 Écrit par Planetimago | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Bonjour,
Que l'on se préoccupe de biodiversité : très bien. Mais votre article tend à montrer que le monde agricole ne le fait que dans la mesure où il peut bénéficier de subventions. Ainsi dans certaines régions les mêmes qui arrachèrent sans le moindre esprit critique les haies en touchant les subventions (de l'argent public), et en tapant autant que possibles sur les "écolos", s'achètent désormais une conscience "écologique" à peu de frais en touchant encore des subventions publiques. A la décharge des agriculteurs, il ont été pris au piège de politiques agricoles productivistes, à la vue très courte relayées par les chambres agricoles et la FNSEA. Quant aux "chasseurs", ils ne se préoccupent pas de biodiversité mais gèrent un stock de gibier pour leurs loisirs. On est loin, très loin des grandes idées agitées en 1992 au sommet de la Terre (20 ans après qu'en reste t-il ? Dès le départ l'incompatibilité entre développement et durabilité était patente : parlons de "bien-être durable", c'est plus raisonnable)
On ne peut qu'espérer que les nouvelles générations d'agriculteurs, qui ont aussi parfois bien du mal à vivre, écrasés qu'ils sont par le marché libre et les directives ultralibérales d'une Commission Européenne (quand la supprime t'on ?) menée par le bout du nez par les lobbies, arrivent à changer la donne.
Alors dans ce combat pour la biodiversité tout est bon à prendre, tellement la dégradation est rapide.
Du reste on s'apprête à massacrer un autre bocage à l'ouest du pays, pour "faire moderne" et permettre au trafic aérien de croître durablement (mais surtout aux bétonneurs de se remplir les poches). Et là les agriculteurs n'y sont pour rien ...
Merci pour votre article.
Collectif contre NDdL : http://lutteaeroportnddl.com/
La biodiversité sur Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Biodiversit%C3%A9

Écrit par : Nouvid | 02/01/2013

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